Psychoportrait n°6

par racheldeville

Extrait d’un texte sur Antonin Artaud de Jean-Paul Vialard:
D’abord il y a le corps. D’abord il y a le lieu. Le lieu du sens à créer à partir du corps. Le corps comme création originaire, écriture. Texte du corps, corps du texte (…)
D’abord il y a le corps, d’abord il y a le lieu. Mais le lieu d’un éclatement, semblable à un démembrement, une éviscération, une dissection (…)
« Car l’homme n’est pas seulement répandu dans son corps, il est répandu dans le dehors des choses. » La frontière entre lui et le monde devient diaphane, éthérée. Le monde l’assiège, le circonscrit, le pressure. Il n’y aura alors plus de répit. La chair capitulera. La peau sera la dernière barrière, l’ultime paroi. Mais paroi de pores, semblables à des criblements d’épingles :
« Le corps sous la peau est une usine surchauffée, et dehors, le malade brille, il luit, de tous ses pores, éclatés. »
L’entrelacs du dedans et du dehors sera alors une réalité constante. La peau sera le médiateur, le convertisseur qui ouvrira le Poète au cosmos, à l’aventure infinie de l’esprit, à la folie tapie derrière toute création, tout essai de l’homme de tutoyer les terres infinies de la transcendance. La peau est donc la première et incontournable membrane sur laquelle inscrire ses propres signes. Peau éminemment ontologique dont Artaud nous dit :
« C’est par la peau que l’on fera entrer la métaphysique dans les esprits. » (« Le Théâtre de la cruauté – Premier manifeste » – 1935)

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